Le Soleil

Mercure

Vénus

La Terre
(Vous êtes ici)
La Lune

Mars

Jupiter
Io Europe Ganymède Callisto


Saturne
Titan

Uranus

Neptune

Pluton
(On t'aime encore)
On vient de faire à peu près 10 millions de km (6 213 710 miles).
C'est plutôt vide dans le coin.
Et voilà notre première planète.
Apparemment, toutes ces choses sont plutôt éloignées les unes des autres.
On arrive bientôt vers une nouvelle planète. Accrochez-vous.
La majeure partie de l'espace, c'est justement de l'espace.
On est presque arrivés chez nous.
Destination : Mars !
Ça nous prendrait à peu près sept mois pour couvrir une telle distance avec un vaisseau spatial. Il y a intérêt à avoir de quoi passer le temps pendant le vol.  Au cas où vous vous poseriez la question, il vous faudrait environ 2000 films pour vous occuper pendant tout ce temps.
Installez-vous confortablement et détendez-vous. Jupiter se trouve 3 fois plus loin que la distance que l'on vient de parcourir.
Quand est-ce qu'on arrive ?
Sérieusement. Quand est-ce qu'on arrive ?
C'est ici que l'on pourrait voir quelques astéroïdes pour nous réveiller. Mais ils sont trop petits pour apparaître sur cette carte. Dommage.
Sur votre gauche, du noir. Sur votre droite... du noir.
Si vous étiez en train de conduire à 120 km/h, il vous aurait fallu 500 ans pour arriver ici en partant de la Terre.
Cela dit, toutes ces distances ne sont que des moyennes.  En fait, la distance qui sépare une planète d'une autre dépend surtout de l'endroit où elles se trouvent sur leur orbite autour du soleil. Donc si vous comptez faire un petit voyage jusqu'à Jupiter, vous feriez mieux de vous servir d'une autre carte.
En fait, si vous prévoyez bien le coup, vous pouvez vous déplacez relativement rapidement d'une planète à une autre. 'New Horizons', la sonde spatiale envoyée en 2006 par la NASA, n'a mis que 13 mois pour atteindre Jupiter. Ne vous en faites pas. Il nous faudra beaucoup moins de 13 mois pour y arriver à coups de molette.
On approche de Jupiter.
Désolé. C'était un mensonge tout à l'heure. Mais maintenant, on est vraiment proche de Jupiter.
On a bien le temps de réfléchir ici...
Débouchez le Champagne ! On vient de passer la barre du milliard de km.
J'imagine que c'est pour cela que la plupart des cartes du système solaire ne sont pas dessinées à l'échelle. Ce n'est pas compliqué de dessiner les planètes. Le problème, c'est l'espace vide.
La plupart des schémas de l'espace n'en montrent pas la partie la plus importante : tout l'espace.
On nous a habitués à appréhender des objets à une échelle beaucoup plus petite que celle-ci.
Quand on commence à parler de sujets comme l'âge de la Terre, le nombre de flocons de neige en Sibérie, la dette nationale... Ces choses sont beaucoup trop importantes pour que notre cerveau les appréhende.
Nous devons réduire les choses jusqu'à un point qui nous permet de les voir ou de les ressentir directement pour les comprendre.
On essaie toujours de trouver des métaphores pour les chiffres trop grands. Mais même comme ça, ça n'a jamais vraiment l'air de marcher.
Essayons-en tout de même quelques-unes.
Il vous faudrait 1013 écrans comme celui-là alignés les uns à côté des autres pour montrer cette carte dans son intégralité.
Si on imprimait cette carte avec une bonne imprimante (300 pixels par pouce, ou 120 pixels par cm), la Terre serait invisible, et il faudrait que le papier fasse 145 m de large. 145 m, c'est à peu près 1 terrain de foot et demi.
Même si nous ne les comprenons pas vraiment, il peut se passer bien de choses avec de telles durées et de telles distances.  Une goutte d'eau peut sculpter un canyon. Une amibe peut devenir un dauphin. Une étoile peut s'effondrer sur elle-même.
Il est facile d'ignorer le vide, parce qu'il n'y a pas de pensée capable de le contenir. Il n'y a pas de métaphore qui conviendrait, car par définition, lorsque le vide devient tangible, il cesse d'exister.
Heureusement que l'on a des petites étoiles et des petites planètes, sinon nous n'aurions aucun point de repère. Nous serions entourés de cette chose que nos esprits n'ont pas été conçus pour comprendre.
Tant de vide pourrait vous rendre dingue. Par exemple, si vous vous trouvez dans un caisson d'isolation sensorielle pendant trop longtemps, votre cerveau commence à inventer des choses. Vous verrez et entendrez des choses qui n'existent pas.
Le cerveau n'a pas été conçu pour appréhender le "vide."
"Désolée, l'Humanité," pourrait nous dire l'Évolution. "Avec tous ces jaguars qui essaient de vous dévorer, les parasites dans votre fourrure et votre envie incessante d'un steak digne de ce nom, j'étais un peu occupée. Je n'ai pas vraiment eu le temps de trouver un moyen de vous rendre capable de concevoir des vastes étendues de vide."
En fait, neurologiquement parlant, nous ne sommes capables d'appréhender la matière que si elle fait une certaine taille. Même chose pour l'énergie, si elle se trouve sur quelques longueurs d'ondes bien définies. Pour tout le reste, il faut que l'on invente des modèles mentaux pour voir s'ils se conforment aux minuscules lambeaux de preuves tangibles qui nous paraissent réels.
Ces modèles mentaux nous sont accessibles grâce aux mathématiques et ils nous sont très utiles pour essayer de comprendre de vastes distances, mais tout de même... Avec l'abstrait, on reste quand même sur notre faim.
Quand vous entendez les gens dire des choses comme "L'univers est plus vaste que nos esprits peuvent le concevoir", la plupart du temps, c'est pour essayer de vous convaincre d'une théorie bancale sur les OVNI ou de l'existence des supers pouvoirs dans une série de science-fiction que vous regardez tard le soir parce que vous n'arrivez pas à dormir.
Même quand Shakespeare dit : "Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, qu'il n'en est rêvé dans votre philosophie.", il essaie juste de nous donner une faille pour rendre le fantôme de son histoire un peu plus crédible.
Mais tout cet espace vide, ces choses aux échelles énormes, notre esprit ne peut pas les concevoir. Les cartes et les métaphores ne peuvent pas leur rendre justice.
On regarde un tout petit point, puis on cherche le petit point suivant. Tout ce qui se trouve entre les deux n'a pas d'importance et n'est pas vraiment intéressant.
En fait, le vide est partout. Il représente quelque chose comme 99,9999999999999999999958% de l'univers connu.
Même un atome est principalement constitué de vide.
Si le proton d'un atome d'hydrogène était de la taille du soleil sur cette carte, il nous faudrait 11 cartes en plus pour montrer la distance moyenne entre ce proton et un électron.
Certaines théories racontent que tout ce vide serait en fait rempli d'énergie ou de matière noire et que rien ne peut vraiment être vide... mais sérieusement, seule la matière ordinaire a un sens à nos yeux.
On pourrait dire sans trop se mouiller que l'univers est un "sacré paquet de vide."
Si l'univers est composé d'autant de vide, qu’est-ce que ça signifie pour les gens comme nous qui vivons sur un grain minuscule au beau milieu de tout cela ?
Est-ce que l'univers connu est vide à 99,9999999999999999999958% ? Ou est-il rempli à 0,0000000000000000000042% ?
Avec autant d'espace vide, les étoiles, les planètes et les gens ne seraient donc que de simples "bugs" dans un vide autrement élégant et uniforme, comme des minons gris sur un pull noir ?
Mais sans ces tout petits points entre lesquels il s'étire, il n'y aurait aucun vide à mesurer, et pour le coup, personne pour le faire.
On pourrait dire que tant de vide rend les minuscules morceaux de matière encore plus importants, ne serait-ce que parce que contre toute attente, ils ne sont pas vides. Si vous êtes en train de vous noyez au beau milieu de l'océan, un morceau de bois flottant devient sacrément important.
Et si des milliers de milliards d'étoiles et de planètes étaient toutes entassées les unes contre les autres ? Elles n'auraient absolument rien de particulier.
Il semblerait que nous soyons à la fois pathétiquement insignifiants et miraculeusement importants.
Le fait que vous ressentiez plus facilement l'importance monumentale de choses minuscules ou l'énorme vide qui les sépare ne dépend que de vous et de l'équilibre de la chimie de votre cerveau à un instant donné. On se balade tous avec des versions sensibles et miniatures de l'univers en nous.
C'est rassurant de savoir que même si l'on se sent terriblement morose ou incroyablement important, l'univers, si on en croit sa structure actuelle, semble être tout à fait au courant que ces deux extrêmes existent.
Le fait que vous soyez là, au beau milieu de tout ce vide, c'est assez incroyable si vous prenez le temps d'y réfléchir un peu.
Je vous félicite d'être arrivé jusqu'ici.
On ferait mieux de s'arrêter maintenant. Il faudrait qu'on traverse encore 6771 cartes comme celle-là avant de voir quoi que ce soit d'autre.Retourner sur JoshWorth.com  |  Suivez-moi sur Twitter | Traduction par Pierre Houzé, David Chatenay